L'écologie en Nouvelle Zélande - illusion ou réalité ?
- Victor Fontaine

- Feb 4, 2020
- 4 min read
Après plusieurs mois passés en Nouvelle-Zélande, il est temps de prendre du recul et de livrer mes premières impressions sur le pays du long nuage blanc.
Un pays vert
C'est l'image que nous avons de la Nouvelle Zélande de l'extérieur, un pays responsable sur le plan écologique composé de pâturages et de forêts.
La Nouvelle-Zélande est aujourd'hui le pays ayant protégé la plus grande partie de son territoire, à savoir 5 millions d'hectares; plus d'un tiers du pays est soumis à des lois strictes pour protéger sa faune et sa flore. Un autre exemple frappant est le refus du nucléaire en faveur des énergies éoliennes et géothermiques. Par ailleurs, la première ministre Jacinda Ardern annonçait en novembre dernier une loi visant à atteindre "zéro émission de carbone" d'ici à 2050.
Un état d'esprit vert
Les Kiwis déclaraient en 2017 que l'environnement était le premier élément caractérisant leur pays. Trois ans plus tard, c'est toujours le cas pour une partie de la population Néo-Zélandaise qui s'avère exemplaire sur le sujet de l'écologie.
Les familles que j'ai pu rencontrer via le système de woofing (un échange de services de l'hébergé contre le couvert et le logis) représentent très clairement cette minorité. J’ai ainsi rencontré la famille de Sarah et Marcus qui vit en périphérie de Wellington selon le « block life style ». Leur objectif à terme est d’être auto-suffisants et de produire le moins possible d’éléments polluants.
Sarah, conseillère en innovation verte et Marcus, directeur d’une école primaire consomment presque uniquement les produits de leur jardin : 80% de leur alimentation provient de leur propre production. Leurs fils de 5 et 8 ans sont déjà pleinement conscients des enjeux écologiques et savent mieux faire le tri de leurs déchets que la majorité des adultes.

A une autre échelle, des personnages politiques ou sportifs Néo-Zélandais mènent un combat pour l'environnement. Outre Jacinda Ardern, dont le nom est régulièrement cité dans les médias, j'ai eu l'opportunité de discuter avec Marcus Daniell, un tennisman professionnel qui se bat pour limiter l'utilisation de plastique et le nombre de déplacements en avion dans la sphère sportive. Voici un article mettant en avant ses actions.
Dans le pays, les entrepreneurs sont au premier plan sur le sujet de l'écologie. A Wellington, le concours de startups « zéro Carbon challenge » (zerocarbonchallenge.nz) a lieu chaque année et permet de financer des business verts. De nombreuses startups ont vu le jour grâce à ce celui-ci :
The tiny plastic factory : un service d’aide au recyclage et à la réutilisation des déchets plastiques des entreprises locales. Les déchets des uns deviennent la matière principale des autres après traitement.
Mevo : le blablacar Néo-Zélandais, un système local de partage de voitures pour les petits trajets.
Again Again : un service de mise à disposition de mugs consignés pour les cafés. Un système ingénieux qui permet de bannir les gobelets plastiques et cartons de la sphère des boissons à emporter.
Jess Ducey, une Américaine ayant choisi d’émigrer à Wellington pour le confort de vie et l’écosystème greentech, a géré le concours en 2019. Elle m'a expliqué qu’entreprendre en Nouvelle Zélande va très vite mais que les innovations restent souvent locales donc limitées.
Autre initiative innovante, la "Green School", une nouvelle forme d’école qui verra le jour prochainement sur l'île nord du pays. Au sein de cette école, l'accent est mis sur l'autonomie, l'esprit créatif et entrepreneurial de l'enfant, et évidemment le respect de l'environnement.

L'autre facette des Kiwis
Derrière une image de pays propre et modèle, la réalité est plus mitigée et le niveau de conscience face au défi environnemental est faible. Le dernier rapport publié par le gouvernement Néo-Zélandais (Environment Aotearoa) est désastreux : 80% des espèces d'oiseaux sont menacées d'extinction, un tiers des écosystèmes rares est prêt à disparaître, 57% des lacs sont pollués, les taux de nitrates et de bactéries sont trop élevés dans les eaux souterraines.
Les raisons sont multiples : la production laitière, l’agriculture, l’élevage intensif, l’omniprésence de la voiture, les activités industrielles, l'urbanisation, ...
La Nouvelle Zélande a été façonnée pour être un pays de pâturage et de terres productives. Revers de la médaille, l’élevage et l’agriculture représentent aujourd'hui plus de 50% de la production de gaz à effet de serre dans le pays. L’utilisation intensive de produits chimiques pour désherber ou fertiliser les sols est très peu réglementée et en conséquence les sols, ainsi que l’eau et l'air se détériorent très rapidement.
En 2020, la population Néo-Zélandaise s’élève seulement à 4,8 millions de personnes alors que le pays est aussi étendu que la France; il y règne un sentiment de pays vierge où chacun fait ce qu'il veut sans conséquence. On voit de nombreuses voitures envahir les plages, des avions faire de l’épandage sur les terres agricoles et des lacs bondés de bateaux à moteur dès les premiers rayons de soleil.
Pour conclure, la position de la Nouvelle Zélande sur l'écologie se résume en un indicateur :
le taux d’empreinte écologique (il correspond à la pression exercée par les être humains sur la terre et s'exprime en hectare par habitant). Ce chiffre s'élève à 5,1 hectares consommés par Néo-Zélandais contre 4,7 par Français.
Les Français seraient-ils finalement plus verts que les Néo-Zélandais?






























Comments